Journée thématique : Archéométrie des Sens 19 septembre 2022

Institut National de l’Histoire de l’Art (Paris) – 2 Rue Vivienne, 75002 Paris

Date limite d’inscription : 13 juillet 2022
Modalités d’inscription : https://forms.gle/Cxqruikjcxhm2tCF7

Objectifs

L’objectif de la Journée Thématique est de sensibiliser la communauté de l’archéométrie et de la conservation aux sens. Il s’agit à la fois de présenter quelques exemples de travaux visant à reconstruire les ambiances sensorielles passées et de questionner l’utilisation des sens dans la caractérisation des objets d’étude en archéométrie. Aussi, la journée se déroulera en deux temps. Le matin sera dédié à des exposés scientifiques, organisés selon les cinq sens, qui présenteront des travaux originaux sur les ambiances sensorielles de diverses époques reconstruites par les techniques de l’archéométrie. L’après-midi sera dédiée à des ateliers animés par des experts des sens durant lesquels les participants discuteront de l’utilisation des sens dans la caractérisation de leurs objets d’étude, de manière à parvenir à des principes et des clés communes de caractérisation. Le déjeuner sera en phase avec la thématique de la journée. Anaïs Tondeur, artiste plasticienne œuvrant à la frontière des Sciences et de l’Art, accompagnera cette journée.

Inscription

L’évènement est gratuit. Les présentations du matin seront proposées en présentiel ou en distanciel. Le nombre de places au repas et aux ateliers de l’après-midi est limité.

Pour assister à l’évènement, nous vous demandons de vous inscrire selon trois modalités :

  • (1) Si vous ne pouvez assister en présentiel aux présentations du matin, inscrivez-vous pour que nous vous envoyions le lien de visioconférence,
  • (2) Inscrivez-vous pour assister en présentiel seulement aux présentations du matin (nous limiterons les inscriptions si la jauge de la salle est dépassée),
  • (3) Inscrivez-vous pour assister aux présentations du matin puis participer au repas et aux ateliers l’après-midi. Le nombre de places étant limité, nous vous demandons d’argumenter sur vos motivations à participer aux ateliers de l’après-midi, de décrire l’objet d’étude que vous apporterez, et de choisir deux ateliers parmi les quatre (Odorat, Toucher, Ouïe, Vue). L’acceptation de votre inscription restera à la discrétion des organisateurs.

Lien pour l’inscription : https://forms.gle/Cxqruikjcxhm2tCF7

Date limite d’inscription : 13/07/2022.

La validation de l’inscription au repas et aux ateliers sera envoyée vers le 18/07/2022.

Programme

La journée est organisée en deux phases : le matin, les intervenants dresseront l’état de l’art sur les ambiances sensorielles actuelles et passées. L’après-midi sera dédiée à des ateliers consacrés à la place qu’occupent les sens dans le métier d’archéomètre et dans la description de nos objets d’étude.

Matin

8h30 : Accueil des participants

9h – 9h30 : La place physiologique et sociale de l’odorat

Chantal Jacquet (Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne) et Roland Salesse (Institut national de la recherche agronomique)

D’un point de vue physiologique, l’être humain pourrait sentir plus de mille milliards d’odeurs ! Même si ce nombre résulte d’une extrapolation, on est loin de la traditionnelle « faiblesse » de l’odorat attribuée à notre espèce. Les parfumeurs nous montrent qu’on peut disposer d’une sensibilité très aiguisée, appuyée sur une mémoire olfactive très étendue, pour prétendre faire de notre nez un instrument d’analyse. D’un point de vue social, l’odorat est souvent jugé comme un sens ingrat et incommode en raison du caractère intrusif des mauvaises odeurs. Il joue pourtant un rôle essentiel dans la relation à l’autre, dans les phénomènes de reconnaissance et la naissance des affects. Il existe ainsi un nez de la haine à l’égard de celui que l’on ne peut pas sentir et un nez de l’amour pour celui qui est en odeur de sainteté. Il est donc nécessaire d’explorer toutes les potentialités du nez

9h30 – 9h50 : Échappées odorantes

Suzel Balez (École nationale supérieure d’architecture de Paris – La Villette)

Les interprétations des odeurs reposent sur les relations entre les lieux, les moments et les individus qui les sentent. La présence d’une odeur quelque part est toujours le signe d’un processus- a minima celui de sa propre disparition- et l’interprétation de ce processus dépend largement de l’individu qui la sent, dans un contexte spécifique. Penser les ambiances odorantes passées à travers des listes d’objets odorants serait en conséquence réducteur. Les différents éléments qui constituent une ambiance odorante seront alors interrogés : quelles sont les clefs d’interprétations de ces molécules qui s’échappent, dans des situations singulières ?

9h50 – 10h10 : Élucidation des constituants odorants des parfums du passé: le cas de l’encens

Nicolas Baldovini (Université Côte d’Azur)

Par essence, les univers olfactifs sont évanescents, et pour mieux comprendre ceux des civilisations anciennes, on peut se baser sur les études archéologiques décrivant le type de dispositifs parfumants et les matières premières odorantes qu’elles utilisaient. L’étymologie du mot « parfum » lui-même (per fumum : par la fumée) souligne que les premiers systèmes de diffusion d’odeur se basaient sur la combustion, et l’encens figure parmi les matières premières naturelles qui s’est prêtée très tôt à cette utilisation. Malgré le fait qu’il est souvent considéré comme le plus vieux parfum du monde, la nature précise des constituants chimiques responsables de son odeur caractéristique n’a été élucidée que très récemment. Des travaux approfondis de chimie analytique ont en effet montré qu’il s’agissait de deux composants présents en traces infimes, qui contribuent au parfum typique qu’on peut sentir de nos jours dans les églises, un des seuls endroits où l’encens est encore utilisé comme unique parfum d’ambiance.

10h10 – 10h30 : Odeuropa : un projet européen pour rechercher “comment ça sentait avant?”

Victoria-Anne Michel (Odeuropa)

L’équipe pluridisciplinaire du projet H2020 Odeuropa réunit une trentaine de chercheurs et chercheuses de six pays européens ayant pour objectifs d’extraire des données à propos des odeurs et de l’olfaction dans des textes et des images historiques, de les organiser dans un graphe de connaissances et de créer une Encyclopédie en ligne accessible au grand public. La doctorante-chercheuse Victoria-Anne Michel s’intéresse particulièrement aux paysages olfactifs dans les lieux culturels et patrimoniaux afin de comprendre le rôle que les odeurs peuvent avoir dans notre expérience de l’espace.

10h30 –10h50 : Techniques, sens et émotions : autour du polissage protohistorique

Haris Procopiou (Archéologie et Sciences de l’Antiquité, UMR CNRS 7041), R. Vargiolu et H. Zahouani (Laboratoire de Tribologie et Dynamique des Systèmes, UMR CNRS 5513)

Les traces d’usure sur les surfaces archéologiques témoignent des techniques employées pour leur réalisation ainsi que leur mode d’utilisation. Pour les outils en pierre polie (haches, herminettes, ciseaux, polissoirs etc.) il est difficile d’associer les traces d’usure à une étape précise de la vie de l’outil, car durant la fabrication et pendant l’usage, des mécanismes d’abrasion créent des stigmates qui se superposent. Afin de suivre le processus d’usure, nous avons appliqué une analyse multi-échelle des surfaces par la méthode des ondelettes continues et nous avons quantifié et caractérisé les usures à l’aide de différents paramètres (portance, SpeK etc.). Cette méthodologie a permis de distinguer le poli intentionnel du poli généré par l’utilisation, d’obtenir les signatures des types d’usure, enfin de reconstituer les techniques de polissage.

En confrontant les données archéologiques et celles issues de nos enquêtes ethnographiques en Inde et en Grèce, nous avons montré que les artisans protohistoriques ont pu créer des surfaces polies d’une haute technicité grâce à des savoir-faire spécifiques et une grande habileté sensorielle. Un bon polisseur mesure avec ses mains, avec ses yeux, les surfaces. Le son du polissoir, l’odeur de la boue du polissage le guident. C’est grâce au développement d’un tribomètre haptique, qui analyse les vibrations produites lors de la translation unidirectionnelle du doigt humain, que nous avons pu aborder la perception sensorielle des surfaces ainsi que les habiletés sensorimotrices impliquées lors des activités techniques. 

11H-11h15 : Pause café

11h15-11h35 : Voir, sentir, toucher. Ambiances et perceptions sensorielles dans les agglomérations minoennes

Bastien Rueff (Archéologie et Sciences de l’Antiquité, UMR CNRS 7041)

Les lampes, et plus généralement les ustensiles de combustion dédiés au chauffage, à l’éclairage et à la parfumerie, constituent une porte d’entrée vers l’espace vécu minoen. Un espace « représentatif, visuel, moteur et olfactif » selon les mots du mathématicien Henri Poincaré. Nous montrons dans cette présentation quelles méthodes d’analyse permettent d’approcher les ambiances et les perceptions sensorielles dans les agglomérations crétoises des IIIe et IIe millénaires av. J.-C. et comment celles-ci varient en fonction des espaces et des activités.

11h35 – 11h55 : Couleurs et sensorialité des rituels grecs anciens : retour sur une expérience muséographique

Adeline Grand-Clément (Université Toulouse 2 Jean Jaurès, PLH-ERASME)

Comment restituer la part sensible des différents rituels que les Grecs pratiquaient pour communiquer avec leurs dieux ? En 2017-2018, le Musée Saint-Raymond de Toulouse a proposé une exposition « Rituels grecs, une expérience sensible » destinée à offrir au public un parcours immersif et interactif autour des sens. La présentation reviendra sur l’élaboration de la stèle peinte présentée à la fin de l’exposition, avec son décor aux couleurs vives et ses bandes de tissu teintes : cette évocation visait à rappeler au public que les nécropoles antiques étaient des lieux marqués par une riche polychromie.

11h55 – 12h15 : Le micro, le casque et le haut-parleur : Entendre et faire entendre l’Histoire

Mylène Pardoen (Maison des Sciences de l’Homme – Lyon-Saint Etienne, UAR CNRS 2000)

L’archéologie du paysage sonore, toute jeune transdiscipline hybride, offre de nouvelles voies à la découverte de l’Histoire, crée et met à disposition, tant des chercheurs que des différents publics, des outils pour une lecture sensorielle de l’Histoire. Ce projet a permis d’en établir les cadres et les méthodologies structurantes, couvrant la totalité de la chaîne de production : de la recherche d’indices sonores à la diffusion sous différentes formes, en passant par les captations et la post-production.

12h15 – 12h35 : Le goût des boissons alcoolisée en Gaule: hydromel, bière et vin.

Fanette Laubenheimer (Archéologie et Sciences de l’Antiquité, UMR CNRS 7041)

Les boissons alcoolisées les plus anciennes en Gaule sont l’hydromel et la bière. Quelques textes anciens décrivent leur goût. Pour le vin, boisson initialement importée, les témoignages sont plus variés tant dans les textes que sur les marques peintes sur amphores. Nous en proposons un aperçu.

Déjeuner

12h45 – 14h30 : Banquet sensoriel

Après-Midi

14h30 – 16h30 : Ateliers : Les sens dans la caractérisation de vos objets d’étude

Quatre ateliers (Odorat, Toucher, Ouïe, Vue) d’une heure chacun (14h30-15h30 / 15h30-16h30). Chaque participant assistera à deux ateliers. Chaque atelier sera visité par deux groupes qui agrègeront leurs expériences.

16h30-17h : Pause

17h00-18h30 : Synthèse et Conclusions

  • Synthèse par Anaïs Tondeur
  • Bilan par Atelier
  • Conclusion par Chantal Jacquet et Roland Salesse